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4) En savoir plus sur: le vallon de la Sassière, le col de Bailletta et le glacier de Rhêmes-Golette
Androsace alpine Armoise des glaciers Arnica Astragale toujours vert
Botryche lunaire Bouquetin Campanule alpestre Campanule du mont Cenis
Céraiste pédonculé Doronic à grandes fleurs Edelweiss Epilobe des moraines
Linaigrette à feuilles étroites Linaire alpine Origine des fleurs des Alpes
Pédiculaires Pensée à long éperon Saxifrage à deux fleurs
Saxifrage à feuilles opposées Saxifrage paniculée Séneçon blanchâtre
1)La jolie Campanule alpestre (Campanula alpestris) ou Campanule d'Allioni pousse sur les éboulis calcaires ou schisteux. Sa tige est courte et ne porte qu'une fleur, mais très grande: jusqu'à 4 cm. Ses feuilles sont disposées en rosette à sa base.
2)Origine des fleurs des Alpes:
Au début de l'ère tertiaire, ce qui allait devenir la région alpine était couverte d'une flore sub-tropicale qu'on appelle la flore arctotertiaire, et qui comprenait deux branches: la branche boréale au nord et la branche méridionale au sud (il est probable que certaines fleurs de la branche boréale aient émigré depuis l'Asie ou l'Amérique du Nord, de même qu'il est probable que certaines fleurs de la branche méridionale aient émigré depuis les régions méditerranéennes et l'Afrique du Nord).
Lors du soulèvement alpin, certaines de ces fleurs ont réussi à se transformer pour s'adapter à l'altitude et donner des fleurs de montagne ou "orophytes": la branche boréale aurait ainsi donné des orophytes des genres ancolie, saxifrage, primevère, androsace, gentiane, pédiculaire; la branche méridionale aurait donné des orophytes des genres oeillet, joubarbe, silène, linaire, campanule.
Au quaternaire, les glaciations auraient eu plusieurs conséquences: la disparition de la flore arctotertiaire, alors que les orophytes qui en descendaient réussissaient à survivre en trouvant refuge dans des sommets épargnés par les glaces; le morcellement des aires de certaines fleurs des Alpes; l'arrivée dans les Alpes (et aussi dans les autres montagnes d'Europe) de fleurs arctiques (par exemple la Dryade à huit pétales) et à l'inverse la propagation dans les régions arctiques de fleurs des Alpes (Gentiane pourpre, Campanule barbue); des échanges de flore entre les différents massifs montagneux d'Europe.
On trouvera plus de détails dans le livre de C. Favarger cité dans la bibliographie.
3)La Campanule du mont Cenis (Campanula cenisia) pousse sur éboulis calcaires ou siliceux. On remarquera, comme pour la Campanule alpestre, ses feuilles de petite taille et ses tiges courtes, contrastant avec des fleurs relativement grandes. Ces caractères sont retrouvés chez de nombreuses fleurs de montagne: le nanisme de l'appareil végétatif, lié au froid nocturne et à l'abondance en rayons ultra-violets, permet à la plante de profiter de la chaleur emmagasinée par le sol, de donner moins de prise au vent, et d'être recouverte en hiver par une couche de neige protectrice (sous une couche de neige de 30 cm, la température au sol ne descend jamais au-dessous de 0°C quelque soit la température extérieure); la grande taille des corolles permet aux fleurs d'être plus facilement repérées par les insectes pollinisateurs, dont la période d'activité est courte en altitude.
4)La fleur de l'Astragale toujours vert (Astragalus sempervivens), comme toutes celles de la famille des Papilionacées auquel il appartient, est composée de 5 pétales: le plus grand est le pétale supérieur ou étendard, il y a 2 pétales latéraux (les ailes), et 2 pétales inférieurs soudés entre eux (la carène). L'Astragale toujours vert est muni de puissantes épines.
5)L'Epilobe des moraines (Epilobium fleischeri) est une jolie plante qui se multiplie par de longs stolons. Il pousse sur les moraines et dans le lit des torrents. Sa racine est colorée en rouge par un pigment, l'anthocyanine, qui lui permet de résister au gel.
6)La Saxifrage paniculée ou aizoon (Saxifraga paniculata ou S. aizoon) possède, comme toutes les saxifrages et les joubarbes, des feuilles "succulentes", c'est-à-dire qu'elles sont gorgées d'eau, servant de réserve en cas de sécheresse; elles sont également coriacées, ce qui limite l'évaporation. Celles de la base de la plante sont groupées en rosettes, comme de petits artichauts; plaquées ainsi contre le sol, elles profitent au mieux de la chaleur emmagasinée par celui-ci. Les feuilles de la Saxifrage paniculée sont bordées de pores excrétant les sels calcaires absorbés en excès. On ignore le rôle de cette sécrétion: diminution de la transpiration? protection contre les parasites?
7)L'Armoise des glaciers (Artemisia glacialis) se distingue des autres armoises par ses capitules regroupés au sommet des tiges. Les armoises appartiennent à la famille des Asteracées (anciennement appelées Composées): chaque capitule n'est pas une fleur mais une multitude de fleurs tubulaires jaunes; leurs feuilles sont très joliment découpées et plus ou moins recouvertes d'un duvet argenté. Beaucoup sont riches en essences aromatiques: les génépis sont des armoises ( l'Armoise des glaciers est surnommée le génépi des Savoyards).Dans la Sierra Nevada, Artemisia glacialis n'existe pas et est remplacée par une espèce voisine: Artemisia granatensis; ces deux espèces, dites vicariantes, descendent sans doute d'une même espèce souche qui s'est développée dans les deux massifs à une époque où ils étaient reliés par des chaînes montagneuses permettant les échanges de gènes; après la disparition de ces chaînes, la souche a évolué de façon différente dans les Alpes et dans la Sierra Nevada, aboutissant aux deux espèces vicariantes actuelles: il s'agit d'une forme de vicariance géographique; il existe de nombreux autres exemples de vicariance (voir à ce mot dans le lexique).
8)Le Botryche lunaire (Botrychium lunaria) appartient à l'une des plus anciennes familles de fougères. On lui accordait au Moyen Age des propriétés magiques. C'est une espèce arctico-alpine: parvenue en Europe lors des grandes glaciations du Quaternaire, elle s'est maintenue dans les montagnes lors du réchauffement; c'est donc une relique glaciaire. La plante comprend une feuille stérile divisée en lobes ayant la forme de demi-lune et un axe sur lequel les sporanges sont groupés en grappe(=botrys en grec).
9)Les fruits des linaigrettes portent des aigrettes formant ces houppes qui annoncent une zone humide. La linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium) porte sur chaque tige 3 à 6 houppes; au contraire la linaigrette de Scheuchzer (E. Scheuchzeri) a une seule houppe sphérique à l'extrémité de chaque tige.
10)L'Arnica des montagnes (Arnica montana) porte deux feuilles opposées vers le milieu de sa tige, les autres feuilles sont groupées en rosette à la base de la tige: ceci permet de la distinguer des autres orophytes à gros capitule jaune comme le Doronic à grandes fleurs ou le Séneçon doronic. L'Arnica serait issu de la branche boréale de la flore arcticotertiaire: ses ancêtres auraient émigré d'Amérique via l'Asie. Tephritis arnicae, une petite mouche aux ailes tachetées de brun, pond ses oeufs dans les capitules de l'Arnica; ses larves se nourriront de ses graines.
11)Les cornes du Bouquetin croissent toute sa vie; importante les premières années, la croissance se ralentit ensuite mais se poursuit jusqu'à la mort de l'animal. Elle se fait durant la belle saison; chaque arrêt, correspondant à l'hiver, laisse sur les cornes un sillon circulaire: c'est le nombre de ces sillons qui permet de déterminer l'âge, et non pas les nodosités bien visibles sur la face antérieure des cornes (il y a une ou deux nodosités par année). Les cornes des femelles sont nettement plus courtes et moins recourbées en arrière que celles des mâles; elles ne portent pas de véritables nodosités sur leur face antérieure, mais de simples bourrelets à peine saillants.
12)Le Doronic à grandes fleurs (Doronicum grandiflorum) affectionne en effet les éboulis calcaires. La grande taille, aussi bien de ses fleurs que de ses feuilles, étonne dans un milieu aussi hostile! Ses feuilles sont grossièrement triangulaires ou vaguement cordées (c'est à dire en forme de coeur), les inférieures sont longuement pétiolées, les supérieures sessiles. Ces caractéristiques permettent de le distinguer des autres orophytes à gros capitule jaune comme l'Arnica ou le Séneçon doronic. Ses fleurs contiennent un jus sucré très apprécié des chamois. Le genre doronic est vraisemblablement d'origine asiatique.
13)Le Céraiste pédonculé (Cerastium pedunculatum) étonne tout autant que le Doronic à grandes fleurs par la taille de ses capitules. Peu répandu, on le trouve dans les éboulis siliceux humides. Ses tiges sont rampantes, ses feuilles lancéolées et raides.
14)Le Séneçon blanchâtre (Senecio incanus) est une Asteracée des terrains siliceux, aux feuilles couvertes d'un duvet argenté. Ses capitules (elles-mêmes formées d'une multitude de fleurs jaunes ligulées (c'est à dire en forme de pétales) sont groupées en ombelles, ce qui le différentie du (bien plus rare) Séneçon uniflore.
15)La Pensée à long éperon (Viola calcarata), comme l'indique son nom, possède un éperon nectarifère très long dont l'entrée est signalée aux insectes pollinisateurs par une tache jaune et des stries foncées au centre de la corolle; mais seuls pourront récolter ce nectar les papillons dont la trompe atteint 25mm., tels le Machaon ou le Paon du jour. La couleur des pétales peut varier du mauve au blanc. Violettes et pensées forment un seul genre, que l'on différentie par les pétales latéraux: ils sont orientés vers le bas chez les violettes, vers le haut chez les pensées.
16)La Linaire alpine (Linaria alpina) colonise les éboulis quelqu'en soit la nature chimique. Ses fleurs, typiques des gueules-de-loup, riches en nectar, sont le plus souvent mauves et oranges, mais il existe une forme entièrement mauve. La Linaire alpine est un lithophyte (on appelle ainsi les plantes adaptées aux éboulis) rampant: ses stolons sont lâches et extensibles et cheminent à la surface des blocs rocheux. Le Céraiste à larges feuilles appartient à la même catégorie. (Il existe par ailleurs des lithophytes migrateurs comme le Tabouret à feuilles rondes, et des lithophytes fixateurs d'éboulis comme la Benoîte rampante).
17)Les pédiculaires sont des plantes hémiparasites: leurs racines munies de ventouses leur permettent d'absorber l'eau et des sel minéraux dans les racines des plantes voisines; à partir de là, les pédiculaires sont capables d'élaborer leur propre substance. Les fleurs des pédiculaires, le plus souvent couleur rouge ou vieux rose (il existe cependant quelques espèces jaunes) ressemblent à une tête d'oiseau, et leurs feuilles sont finement découpées rappelant un peu une fougère. Différencier les différentes espèces n'est pas toujours évident; la Pédiculaire de Kerner (Pedicularis kerneri) a des feuilles plus ou moins pourpres et groupées à la base de la tige, des fleurs peu nombreuses, le "bec" de la tête d'oiseau est assez long; la tige est couchée puis redressée; le calice enfin possède des dents recourbées vers l'extérieur.
18)L'Androsace alpine (Androsace alpina) est une plante en coussinet, forme adoptée par plusieurs orophytes (plantes de montagne): elle donne peu de prise aux vents, fréquents et violents en altitude, et permet à la fleur de profiter de la chaleur emmagasinée par le sol. Peu fréquente, l' Androsace alpine affectionne la terre fine des éboulis siliceux; rare au-dessous de 2700m., elle pousse jusqu'à 4200m. au Cervin.
19)La Saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia) ne craint pas le froid: elle a été trouvée à plus de 4000 m et apprécie les éboulis de toute nature et les moraines arrosés d'eau glacée. Elle semble d'origine alpine mais aurait émigré vers le nord lors des glaciations du quaternaire, on la retrouve au-delà du cercle polaire.
20)La Saxifrage à deux fleurs (Saxifraga biflora) pousse dans les éboulis calcaires entre 2000 et 3000 m; ses pétales sont soit rouge foncé soit blanc (d'où son nom), spatulés, nettement séparés les uns des autres par un large disque nectarifère jaune.
21)L'Edelweiss (Leontopodium alpinum) apprécie les terrains rocailleux, plutôt calcaires, entre 2000 et 3000m. Elle appartient à la famille des asteracées (anciennement composées): la fleur, ou plutôt les fleurs, sont de minuscules tubes jaunâtres groupés en capitules insignifiants; ce sont les longues bractées laineuses qui font toute sa beauté.
Le nombre de plantes rencontrées au cours de cette randonnée et la rareté de certaines d'entre elles montre l'intérêt floristique du vallon de la Sassière, dont on peut trouver une cartographie établie par P. Gensac dans le volume V des Travaux Scientifiques du Parc National de la Vanoise.
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